jeudi 4 mai 2017

Communiqué du Courant Anarcho-droitier

Quelle semaine, chers camarades, quelle semaine ! L'hystérie militante semble avoir vaincu un nouveau sommet de l'irrationalité et de la médiocrité dépolitisée, macronistes et abstentionnistes se faisant la courte-échelle pour y parvenir ensemble.

De notre côté, on a l'impression d'avoir été réveillé d'un coup de seau d'eau glacée, suivi d'un coup de pied dans les roubignoles. On attrape donc le premier objet contondant à notre portée et on tape sur le premier pignouf qui passe.

Aussi avant d'en venir à l'actualité, rappelons en deux mots qui nous sommes et comment nous travaillons. Militants de gauche, nous pratiquons l'auto-critique des pratiques militantes de gauche. Nous dénonçons le folklore, les postures, les positions sectaires qui parasitent une activité militante saine en lien avec la réalité. Pour ce faire nous utilisons l'humour : on est drôle quand on est inspiré, narquois le reste du temps.

Nous n'inventons rien de ce que l'on dénonce. Nous observons la vie militante dans nos villes respectives, nous suivons des amis-facebook curés rouges ou noirs, nous parcourons des forums de la gauche radicale. Notre démarche n'est cependant pas scientifique, nous ne prétendrons pas le contraire, nous ne quantifions pas le nombre de conneries sectaires que l'on voit ou entend, nous sommes dans le témoignage.

Ce qui nous agaçait lors de notre époque au NPA était le snobisme militant, l'excès de théorie, le marxisme verbeux déconnecté du quotidien. En évoluant vers le Front de Gauche mais surtout vers la France Insoumise c'est l'inverse qui nous inquiète : le manque de culture politique, l'absence de recul historique, le confusionnisme politique, un anti-PS/anti-Hollande émotionnel complètement dépolitisé … les partages de publication sur notre page Facebook témoignent de cette évolution de nos préoccupations.

Ce qui nous amène à ce deuxième tour whatthefuckesque où les curés rouges et certains militants de la France Insoumise (que nous appellerons provisoirement les  « puceaux de la FI », en attendant de trouver un terme plus précis) se retrouvent. Nous prétendons que le choix de ne pas appeler à voter contre Le Pen n'est pas politique mais une posture.

Soit on ne vote pas en calculant que Le Pen ne passera pas, ce qui est hypocrite et égoïste. Le militant pourra ainsi continuer à faire la leçon en étalant sa virginité électorale: posture.

Soit on ne vote pas en considérant que l'extrême-droite et l'ultralibéralisme sont équivalent. C'est à la fois une erreur historique et une faute politique qui contribuent à banaliser l'extrême-droite. « Nous contre le reste du monde »: posture.

Soit on a conscience qu'on prend le risque de faire passer l'extrême-droite. On prend donc le risque de sacrifier ses organisations qui auront beaucoup de mal à justifier leur position passive d'entre-deux tours. On prend également le risque de sacrifier les populations les plus vulnérables à un pouvoir d'extrême-droite. C'est le sens d'une de nos publications. Beaucoup de camarades ont gueulé contre celle-ci, se sentant insultés, mais nous n'avons reçu aucune réponse politique qui pourrait démentir ce que nous affirmons, aucune ! Preuve que cette posture est gênante, même pour ceux qui la revendique.

On ne parlera pas ici des débiles profonds qui espèrent une victoire du FN en pensant que cela entraînera une révolution sociale, on leur réserve un article rien que pour eux.

Et nous on fait quoi dimanche ? 

Qu'y a-t-il de plus anarcho-droitier que de prendre un banquier pour taper sur une facho ? A la différence de militants qui semblent avoir intégré la défaite à chacune de leur démarche, nous pensons pouvoir avoir un impact sur le résultat (les électeurs de gauche, hein, pas le courant anarcho-droitier). Nous avons encore conscience qu'un mot d'ordre politique dépend d'une conjoncture et est éphémère.

Et puis, entre nous, ce n'est qu'un vote ! Depuis quand les révolutionnaires, les insoumis, les rebelles, fétichisent le système électoral bourgeois ? Nous, on est tellement anars qu'on va voter Macron !
 

samedi 22 octobre 2016

Pour une sécurité de gauche

Une terrasse de café en centre-ville. Léandre, petitanarchistecassecouillepourvieux, repose sa tasse de cappuccino vide et recommence à téter sa cigarette électronique. Trois ou quatre personnes sont attablées en sa compagnie. Comme Léandre leur coupe systématiquement la parole, de guerre lasse, celles-ci le laissent discourir, hochant la tête de temps à autre, afin de lui laisser croire qu'elles l'écoutent.

Léandre : … Nan c'est vrai que cette histoire de policier découpé à la tronçonneuse peut choquer la frange de population dépolitisée et lobotomisée par TF1 mais n'oublions pas qu'au delà de l'individu se cache une institution sécuritaire dévouée à réprimer toutes les révoltes populaires. La violence est le résultat du chômage et de la disparition des services publics, donc ce n'est pas en donnant plus de moyens à la police comme le réclament les policiers grévistes, qui sont de toute évidence manipulés par l'extrême-droite, que cela résoudra les problèmes.

Il s'interrompt quelques secondes pour retweeter un article de Révolution Permanente sur son smartphone.

Léandre reprenant : ça m'énerve ces flics qui manifestent cagoulés et qui sont même pas réprimés alors que nous, la dernière fois, on s'est pris plein de gaz qui pique les yeux...

Une des convives, perdant patience s'exclame : Mais tu proposes quoi toi pour lutter contre l'insécurité ? Aussitôt elle regrette sa question. Elle cherche à détourner son regard mais il est déjà trop tard, notre aristocrate de gauche embraye.

Léandre : Il faut plus de social et moins de pénal ! Il faut faire de la pé-da-go-gie. Nous avons besoin de plus d'éducateurs, d'enseignants. « Quand vous ouvrez une école, vous fermez une prison » disait Victor Hugo ou Lénine, je sais plus... au lieu de ça, l’État continue sa mutation fasciste avec l'état d'urgence et ses politiques sécuritaires. La preuve : moi-même j'ai perdu trois point sur mon permis, tout ça parce que j'avais dépassé la limite de vitesse de seulement …

Soudain une camionnette freine brusquement devant la terrasse, deux hommes en noir en jaillissent, ceinturent Léandre et le jettent à l’intérieur du véhicule. Ils remontent aussitôt et le camion redémarre en trombe. Tout s'est passé en quelques secondes. Les amis du casse-couille marxiste sont tout d'abord estomaqués, puis ils poussent des soupirs de soulagement, s'allument des cigarettes et commandent des pressions. Pendant ce temps, dans la camionnette :

Léandre : Enculés de fascistes, relâchez-moi tout de suite, je ne parlerai jamais... Oups ! J'ai dit une insulte homophobe, pardon je retire !

Le premier homme en noir : Pardonnez-nous cette démarche un peu brusque, je suis l'agent G et voici l'agent R, ''camarade'' Léandre, nous avons besoin de vous !

Léandre : Qui ça nous ?

L'agent R : La France, ''camarade'', et la sécurité intérieure !

Léandre : Vous êtes du gouvernement ? Et qu'est-ce je... quoi où ?

L'agent G : On est pressés donc on va vous briffer rapidement. En ce moment même, un groupe de terroristes armés jusqu'aux dents, les Trépanneurs du Prophète, retiennent en otage cent-trente personnes à l'autre bout de la ville. Vous devez intervenir !

Léandre : Vous avez dû me confondre avec quelqu'un d'autre, moi je suis vacataire en Arts Plastiques au collège des Mimosas...

L'agent R : C'est bien vous qu'il nous faut. Entre les sous-effectifs dans la police, les arrêts maladies et les agents grévistes, on a plus personne à mettre sur l'affaire. Le Président a donc décidé de tester vos méthodes à vous, l'extrême-gauche, on a lu vos commentaires sur les réseaux sociaux, vous êtes un spécialiste !

Léandre : QUOI ! Mais quelles méthodes ? J'ai arrêté le judo en cinquième parce que je faisait de l'asthme !

L'agent G : La pé-da-go-gie Léandre ! Puisque le tout sécuritaire ne marche pas, vous allez nous faire une démonstration de pédagogie. Voici votre paquetage : on vous a mis des crayons de couleurs, un cahier à spirales, des bouquins de Françoise Dolto et l'anthologie des poèmes surréalistes. Tachez de savoir d'où ils viennent, le Président est prêt à rouvrir un ou deux bureaux de poste dans leurs quartiers.

L'agent R : On est sur place ! Faut y aller maintenant GO GO GO ! L'agent G projette Léandre hors du véhicule.

Léandre, s'avançant les mains en l'air vers un bâtiment barricadé : Euh camarade djihadiste... sous ton prolétaire il y a un uniforme... non merde c'est l'inverse... sous ta cagoule il y a un prol... La suite est masquée par des détonations d'armes automatiques...

….......................................................... 

Nous pourrions êtres découragés devant l'incapacité de notre camp politique à penser les questions de sécurité au-delà du sempiternel sermon soixante-huitard « gnagnagna la pédagogie parce que CRS=SS ». Il ne serait même pas question d'espérer que des militants de gauche se mettent à la place de fonctionnaires de police, mais ne serait-ce qu'imaginer la mentalité d'une population réclamant un peu de sécurité dans ses quartiers, sur ses routes, ceci semble au-dessus des capacités d'un révolutionnaire... Et puis nous avons trouvé l'article suivant, c'est intelligent, c'est réfléchi, c'est une pensée construite autour de ce que pourrait être une sécurité de gauche, comme quoi il ne faut jamais désespérer :


Acab or not acab ?


mercredi 28 septembre 2016

Qu'est-ce qu'on était cons !


par GH


La parution du livre La Fachosphère et sa couverture médiatique ont déclenché chez moi un désagréable flasback me renvoyant à mes premières années militantes. L'enquête des journalistes de Libé et des Inrock, sous-titrée « Comment l'extrême-droite remporte la bataille du net » me rappelle comment moi et les autres militants des groupes gauchistes que je fréquentait à la fin des années 1990/ début 2000, avons abordé à la fois internet et l'extrême-droite. Connaissant l'évolution politique de ces vingt dernières années, j'ai comme un goût aigre et franchement caca-beurk qui me reste dans la gorge.

Certes je ne regrette pas mes engagements de l'époque. A partir de 18 ans, et durant les dix années qui ont suivies, j'ai traversé un univers passionné, furieux et riche, taré pour le meilleur comme pour le pire. Mais qu'est-ce qu'on était cons !

Notre conception du militantisme s'inspirait des récits des générations précédentes et de la littérature s'y rapportant. Nous fantasmions pêle-mêle les communards de 1870, les bolchéviks de 1917, la guerre d'Espagne, l'age d'or du PCF municipal et les groupes gauchistes des années 1960-70... autant dire qu'internet n'entrait pas dans notre schéma de pensée.

Nous prétendions être des « militants de terrain ». Distribuer des tracts tôt le matin (pour montrer notre vaillance au travail), tenir des stands ou des permanences en journée (où on ne foutait pas grand chose) et coller des affiches la nuit en mode commando (sur les campus où on ne risquait rien), tel était notre ''terrain''. Ceux qui adoptaient cet emploi du temps en y ajoutant de temps à autre des postures de tribuns d'amphithéâtres étudiants, ceux-là avaient le droit au grade aristocratique de « vrais militants » ou « militants de terrain ». A l'opposé, il y avait d'une part « les bureaucrates », qui faisaient finalement le même travail que nous, mais dans des orga plus étoffées et surtout plus modérées et d'autre part « ceux qui militaient sur internet ». « Celui-ci, il milite sur internet » était une sentence déclamée avec le plus grand mépris et la plus grande condescendance dont nous étions capable. Puisqu'internet était du « virtuel », aucun travail militant digne de ce nom ne pouvait à nos yeux avoir un quelconque impact sur « le terrain ». Qu'est-ce qu'on était cons !

Alors que le Front National a été le premier parti politique à avoir son site internet, dès 1996, comme le racontent les auteurs de La Fachosphère, au début des années 2000, nous éditions encore des fanzines sur papier. Objets généralement bien écrit et joliment mis en page avec toute l'adresse et la foi du petit artisan, nous en étions très fiers... et nous les imprimions à deux cent exemplaires. Et lorsque, enfin, nous avons créé des pages web... c'était uniquement pour être un support publicitaire pour nos fanzines.

« Nous n'avons rien à craindre d'eux -en parlant de groupuscules facho- ils se sont réfugiés sur internet » est une phrase que j'ai certainement prononcée à cette époque. De toute façon, les fachos on ne les croisait pas et on ne les combattait pas. Nous étions bien trop occupés à nous affronter entre groupuscules gauchistes ou à harceler les organisations dites « sociale-traîtres ». Si certains bureaucrates méritaient effectivement de se faire mettre le nez dans leurs magouilles, nous ne faisions aucun discernement dans leurs rangs. Combien de jeunes sincèrement de gauche qui, pour avoir voulu un jour rendre service en distribuant un tract des MJS ou de l'Unef, avons-nous définitivement écœuré de la politique en les traitant comme des moins que rien ? Nous urinions sur leurs locaux, nous y balancions à l'intérieur du melon pourri (et même une fois un crâne de chèvre). Quels résultats espérions-nous ? Combien également de jeunes de notre bord, qui ne partageaient pas nos délires, se sont éclipsés sur la pointe des pieds ? « Ce ne sont pas des militants de terrain » décrétions-nous. Qu'est-ce qu'on était cons !

Néanmoins, petit à petit, certains d'entre nous ont commencé à prendre conscience de l'inefficacité de nos comportements et du vide sidéral de nos folklores. Un soir de concert, tandis que nous pogotions le poing levé en beuglant des slogans en espagnol pour faire la démonstration à la fois de notre antifascisme et de notre virilité, un militant plus lucide que les autres s'est exclamé près de moi : « Et pendant ce temps-là, Unité Radicale organise des camps d'entraînement !»

Avec le développement des réseaux sociaux, nous avons été de plus en plus surpris de voir des proches ou des sympathisants partager en toute bonne foi des publications d'extrême-droite. La gueule de bois a été complète et sévère lorsque nous sommes allés nous-mêmes voir les vidéos postées par la fachosphère et que nous avons découvert le nombre hallucinant de vues. Nous perdions la bataille des idées depuis des années et on s'en rendait compte seulement maintenant. Qu'est-ce qu'on avait été cons !

Depuis, on se réorganise, nous changeons nos pratiques et notre vocabulaire. On s'ouvre à d'autres courants politiques, on s'est fâché avec d’indécrottables curés rouges, on tâtonne, on copie, on expérimente... Ce qui me désole, c'est que beaucoup de militants de gauche continuent à se complaire dans ces traditions débiles et préfèrent se foutre sur la gueule avec leurs voisins politiques ou la tendance d'à côté, plutôt que de trouver des solutions pour combattre nos vrais ennemis. Leur utilisation d'internet se résume alors à des polémiques sans fin, compréhensible seulement par eux. C'est un flagrant aveu de leur impuissance à peser sur le réel. Le pire, c'est que beaucoup n'ont même plus l'excuse de l'inconsciente jeunesse.

Qu'est-ce qu'ils sont cons ! 


un futur anarcho-droitier est à droite sur cette photo (évidement)




jeudi 18 août 2016

Où il est question de vikings cabotins, de nonnes militantes et de quelques autres élèments pseudo-historiques. 3/3

Le navire viking se rapproche à présent de la haute mer. Les hommes doivent opérer différentes manœuvres. Tandis que la plupart rangent les rames et obturent les trous de nage à l'aide de bouchons, d'autres relèvent l'espar afin de déployer la grande voile carrée.

Erlendur et Varg restent interdits quelques secondes devant l'assurance de la nonne qui vient de les interpeller. C'est une jeune beauté originaire des marches chrétiennes d'Ibérie. Erlendur reprend ses esprits le premier.

Erlendur : plaît-il ?

La jeune nonne, appelons-la Sœur Maria-Paola, prénom fort courant à l'époque, Sœur Maria-Paola donc, semble se rappeler qu'elle n'est qu'une otage. Elle reprend d'un ton moins autoritaire.

Sœur Maria-Paola : enfin...quand je dis «manger dans la main » c'est une image, vous serez pas obligés de le faire réellement... cela dit, embrasser la chevalière de l'évêque c'est plutôt bien vu.

Erlendur : et pourquoi devrions-nous faire ça ? Il désigne Sœur Marie-Arlette qui égrène son chapelet Pour ressembler à celle-ci ? Tu crois qu'elle fait envie ?

Sœur Maria-Paola qui oublie à nouveau sa position de captive et s'énerve: Mais non ! Faites pas attention à cette tarée ! Elle se croit encore à l'époque des premiers martyres.

Varg tout en parlant, il tente d'évaluer le vin restant à travers l'orifice du tonnelet : et pourquoi alors ? Odin, Thor, Locki et tous les autres sont des dieux moins exigeants que le seul que vous avez. Une chèvre égorgée par-ci, un banquet par-là et quelques crânes d'adversaires bien défoncés c'est tout ce qu'ils demandent. Vous, les hommages à rendre c'est tous les jours et en tirant la gueule. Si j'étais roi par-ici j'te ferai dégager tout ça...

Sœur Maria-Paola : parce que tu crois que c'est avec quelques chèvres que tu vas prendre le pouvoir ? Je dis pas que pour faire quelques coups ici ou là, vos groupuscules de guerriers c'est pas efficace, non. Pour occuper une place forte et rester une nuit debout à faire l'inventaire de ses richesses, vous vous en sortez pas mal, mais de là à pérenniser vos succès, c'est pas encore gagné !

Varg tout en parlant, à l'aide d'un corporal brodé, s'éponge le visage du vin qu'un ressac a propulsé hors du tonneau : on est peut-être pas nombreux mais chacun de nos hommes en vaut dix des vôtres...

Sœur Maria-Paola qui l'ignore et regarde Erlendur : ça veut prendre le pouvoir et ça n'a même pas d’Église ? Non mais à l'eau ! Oh hé les mecs ! Faudrait se réveiller, on sera bientôt en l'an mille !

Erlendur : si vous n'avez pas d'armée, vous avez quoi à nous proposer ?

Sœur Maria-Paola : l'hégémonie sur toutes les sociétés d'Europe, excusez du peu ! Chez vous, si un fjord égale un royaume, vos petits groupes de combattants y sont adaptés, mais chez nous c'est différent. Si vous voulez vraiment le pouvoir, faut s'en donner les moyens. Je vous parle pas d'occuper un lopin de terre ou une forteresse, je vous parle d’État. Ici, l’Église forme les cadres. L'éducation, la diffusion des informations et des idées, la gestion des patrimoines, ce sont les clercs qui gèrent tout ce bouzin. Soit vous passez encore mille ans à constituer une organisation qui puisse concurrencer la nôtre sur tous ces niveaux, soit vous vous emparez des bons outils. Et puis... elle désigne d'un coup de menton sœur Marie-Arlette on a une emprise pas dégueu sur les esprits des simples, des paysans, des artisans. J'vous garantie que c'est carrément plus facile de racketter les prolos en leur expliquant que c'est normal, Dieu le veut, plutôt qu'avec vos bateaux à tête de serpents...

Varg : de dragons... c'est des têtes de dragons. Il s'aperçoit que personne ne l'écoute. Jusqu'à présent je trouvais ça hyper badass mais je saurais pas dire pourquoi, depuis qu'elle parle, la gamine, j'me sens un peu con...

Soeur Maria-Paola : ...la tactique doit s'adapter aux situations réelles, peu importe le folklore des anciens, les textes sacrés ou les prières.

Erlendur-le-penseur est resté silencieux. Tout en se caressant la barbe, son regard se porte alternativement sur cette jeune nonne belle et perspicace, sur ses hommes robustes et énergiques et sur son crucifix inversé. Il soupire et reprend :

Erlendur : nous avons deux jours de navigation jusqu'à notre prochaine base, viens t’asseoir près de moi, chère... sœur, tu vas avoir le temps de développer tes idées. 
 


mercredi 17 août 2016

Où il est question de vikings cabotins, de nonnes militantes et de quelques autres élèments pseudo-historiques. 2/3

Le navire d'Erlendur s'éloigne de la côte. Au loin on aperçoit d'épaisses fumées s'élevant de l'endroit où se situe le couvant. L'incendie n'est pas un acte gratuit, c'est une vieille technique de pillards : tandis que les autochtones s'empressent de lutter contre les dégâts du feu, personne ne s’occupe de poursuivre les responsables.

Les hommes rament vigoureusement, tout surpris encore de la facilité avec laquelle ils se sont emparés des richesses du couvent. En plus d'or et d'argent, les hommes du nord rapportent des victuailles et quelques tonneaux de vin. Un groupe de nonnes, assises entre les bancs de rames, figurent également au butin. Avec d'autres vêtements que ces austères bures, on en tirera un bon prix comme esclaves de maison. Pour le moment, les vikings, restés de grands enfants, leurs chantent des chansons paillardes apprises dans les ports de Francie.

Erlendur-le-penseur et Varg-le-fougueux se sont installés à la poupe du langskip. Erlendur s'est approprié un crucifix en or. Mis à l'envers en pendentif, cela fait un très joli Marteau de Thor. Varg, quelque peu éméché, sirote du vin dans un calice incrusté de gemmes.

Varg : sans déconner ! J'ai jamais vu un raid aussi facile que celui-là ! Au moins quand on attaque un village, les bouseux prennent la peine de courir dans tous les sens. Ici rien ! Une fois la porte défoncée, les gonzesses étaient à genoux les mains jointes à chanter des trucs en latin. Y en a qu'ont résisté de ton côté ?

Erlendur : je sais pas si on peut appeler ça « résister », y a une vieille qui m'a jeté des gouttes d'eau avec un goupillon, j'ai pas compris...

Varg : on a beau être riche, c'est pas avec ces faits d'armes qu'on ira au Valhalla.

Varg se penche vers une nonne un peu plus âgée que les autres, qui marmonne des prières depuis le départ du couvent.

Varg : ta gueule la vioque ! T'en a pas marre d'invoquer un dieu qui t'a pas défendue ! Comment on peut encore être chrétien de nos jours ?

Sœur Marie-Arlette : je suis chrétienne depuis mon baptême, la vérité m'a été révélée, ce crucifix que je porte jour et nuit en atteste. Si vous êtes trop brutes pour comprendre qu'il n'y a qu'un Dieu unique, tant pis pour vous, vous brûlerez en enfer !

Varg pouffant: qu'est-ce que c'est que ce charabia ?

Sœur Marie-Arlette : comment osez-vous rire après le sacrilège que vous venez de commettre ? Vous avez volé l'or que de braves chrétiens avaient épargnés après de longues années de labeur pour racheter leurs péchés. La souffrance de votre prochain ne vous émeut pas ? Notre Église, elle, est miséricordieuse !

Varg : tu parles ! L'or stocké dans ton temple ne servait à rien. Il n'avait aucune valeur. Nous avec ça, nous allons acheter des armes, du tissus et des lingots d'argent. Et on va les acheter à tes braves chrétiens francs et saxons. Donc ton or va circuler à nouveau, donc ton pays s'enrichira. Grâce à ton dieu ? Non, grâce à bibi !

Sœur Marie-Arlette : ce qui est vénal est diabolique, c'est écrit dans la Bible. Vous devriez la lire au lieu de vous enivrer, il n'est peut-être pas trop tard pour sauver votre âme !

Varg : ça me servirait à quoi? Moi je suis riche, toi t'es moche, triste et pauvre !

Sœur Marie-Arlette : j'ai fait vœux de pauvreté. J'ai une vie riche et cela vaut mieux qu'une vie de riche.

Varg : tu doutes jamais toi ?

Sœur Marie-Arlette : non car je sais que j'ai raison. Peu importe ce qu'il va advenir de moi. Qu'il soit marqué sur ma tombe que « toute ma vie j'ai eu la foi, même si les barbares l'ignorent ». Le royaume de Dieu sera un jour instauré sur Terre. Ce sera pour votre bien, même si vous ne le savez pas. Jésus est notre sauveur.

Varg se tape sur les cuisses en riant à gorge déployée devant l'inflexibilité de la religieuse. Elle lui rappelle sa vieille tante constipée. Amusé, Erlendur a suivi la conversation. Curieux, il veux encore éprouver le fanatisme de cette bigote.

Erlendur : Jésus ? Combien de cavalerie lourde ?

Sœur Marie-Arlette est brièvement déstabilisée par cette association entre détachement spirituel et pragmatisme militaire. Cela ne rentre pas dans son schéma de pensée. Elle réfléchit à toute vitesse pour trouver une citation de la Bible propre à embrouiller ce païen. Elle va répondre lorsqu'une toute jeune nonne assise à ses côtés lui coupe la parole :

La jeune sœur : on a pas besoin de cavalerie lourde, on aura bientôt la vôtre. Si vous êtes pas la moitié de deux abrutis, vous viendrez d'ici peu manger dans la main de nos évêques.

à suivre …



mardi 16 août 2016

Où il est question de vikings cabotins, de nonnes militantes et de quelques autres élèments pseudo-historiques. 1/3

Quelque part dans une bourgade côtière de la Francie, aux environs de l'an 900. Deux hommes, Erlendur-le-penseur et Varg-le-fougeux, sont attablés dans une auberge. Malgré le fait qu'ils soient les seuls à parler et comprendre le norrois, inconsciemment, ils échangent à voix basse. Ces deux hommes sont des « hommes du nord », les fameux vikings, mais ce soir, aucun attribut guerrier ne se laisse deviner. Erlendur et Varg font partie d'une expédition commerciale. Ils longent les côtes du continent pour vendre de l'ambre, des fourrures et du bois. Accessoirement, ils étudient aussi les régions traversées : ressources, accessibilités et surtout systèmes de défense. L'information étant une marchandise comme une autre, les éléments intéressants seront revendus aux Jarls danois pour de futures expéditions de pillages. Mais ces dernières semaines, ces récoltes sont pauvres.

Varg : beuuurk ! Mais avec quoi ils le font leur cidre ? de la pisse d’âne fermentée ? Ils ont vraiment rien pour eux ces crevards de francs !

Erlendur : il est vrai que les ressources de ce pays sont quelque peu … restreintes. Ce qui n'arrange pas nos affaires.

Varg: Quelque peu restreintes ? C'est mort oui ! Tout pue la misère dans ce bled ! Regarde ces connards autour de nous comment qu'ils sont maigres ! Porter des objets en métal ça les essoufflerait ! Un raid ici, à tout casser, ça rapporterait un demi-sac de grains et quelques poules malades... parce que moi j'embarque pas leur picole !

Erlendur : reste la bâtisse qu'on a aperçu sur la côte, à deux lieues d'ici.

Varg : mouais... faudrait voir...

L'aubergiste s'est approché de nos deux compères. Ayant flairé des clients fortunés, il tente de les retenir en posant d'autorité un nouveau pichet de cidre sur la table.

L'aubergiste : cadeau de la maison ! Tout va comme vous voulez, messieurs les touristes ? Est-ce que je peux vous être utile à quelque chose ?

Erlendur lève son broc plusieurs fois en direction de l'aubergiste, mais sans jamais le porter à sa bouche.

Erlendur parlant en franc : merci pour ce vigoureux breuvage. Mon ami me disait tout le bien qu'il en pensait. Allez Varg ! Fait honneur à notre hôte ! Cul sec ! Varg avale le cidre en laissant échapper des larmes. Puisque vous nous proposez votre aide, vous allez arbitrer notre différent. Mon camarade prétend que la bâtisse au nord du village est une garnison, moi je pense que c'est une ferme fortifiée, qui de nous deux a raison ?

L'aubergiste : aucun d'entre vous ! Vous devez parler du couvent.

Erlendur : et qu'est-ce donc qu'un Kou-Ven ?

L'aubergiste bombant le torse : c'est le lieu sacré où reposent les reliques de Saint-Léon, tué d'un coup de pieu par le diable lui-même. Ses ossements sont désormais gardés dans un merveilleux coffre incrusté d'or et de diamants.

Les deux vikings se regardent, soudain plus attentif.

Erlendur : et... hum !... les habitants du …. Kou-Ven seraient-ils intéressés par la venue de deux honnêtes commerçants ? Pensez-vous qu'ils auraient quelques piécettes à troquer contre des produits de qualité garantie ?

L'aubergiste hilare : des piécettes ? On voit que vous n'êtes pas d'ici ! Sachez messieurs que le couvent de Saint-Léon recèle le plus grand trésor de la région ! Tout homme qui en a les moyens rachète ses péchés en donnant de l'or. Mais ne vous faites pas d'espoir, cet or n'est plus en circulation, il est désormais pour Notre Seigneur Jésus.

Varg : nomdedieudenomdedieudenomdedieu !

Erlendur : mais un tel trésor doit être sous bonne garde je présume ?

L'aubergiste : évidement ! Il est sous la protection des nonnes.

Erlendur : des nonnes ?

L'aubergiste : des nonnes. Des religieuses, une quarantaine de femmes. Ça va des novices qui ont seize ans jusqu'à la mère supérieure, 60 ans cette année.

Erlendur : serait-ce des guerrières surentraînées ? Des porteuses de boucliers, des skjalmös comme on dit chez nous ?

L'aubergiste : non ! La violence est bannie ! Elles ont fait vœux de chasteté et de pauvreté... mais leurs prières sont très puissantes !

Varg : par la pine de fer d'Odin ! Erlendur lui donne des coups de pieds sous la table.

L'aubergiste : … sans parler de leurs connaissances des textes sacrés, elles sont incollables pour vous justifier la consubstantialité du Père et du Fils...

Erlendur : voui voui voui... mais mettons que des gens mal intentionnés veuillent quand même s'en prendre aux richesses du Kou-Ven – on voit de ces choses par les temps qui courent -il y a bien une garnison à proximité, prête à intervenir ?

L'aubergiste : Pas la peine puisque je vous dis qu 'elles prient ! C'est IM-PO-SSIBLE d'attaquer le couvent! Un homme assez fou pour le faire serait aussitôt excommunié par le Pape, banni de l’Église ! Vous vous rendez compte ?

Erlendur : oh ben oui alors... merci pour tous ces éclaircissements mon brave, faites donc porter un tonneau de ce... délicieux cidre aux hommes restés sur notre bateau.

L'aubergiste s'éloigne, ravi de son affaire. Erlendur se retourne vers son compagnon qui dissimule mal son excitation.

Erlendur : si je résume calmement la situation, nous avons un bâtiment isolé, plein à craquer d'or, occupé par des femmes vierges désarmées...

Varg : quand on va raconter ça aux copains, on va pas pouvoir les tenir. On y va s'te plaît ! S'te plaît ! S'te plait !

Erlendur se passe la main sur la barbe, pensif. Il soupire et reprend :

Erlendur : Pas d'alcool pour Gunnar et Roddrik, ce soir c'est eux qui conduiront le drakkar. On sort les haches de sous les bancs de rames et on va rendre visite à ces nanas qui sont si fortes en textes sacrés !

À suivre...

dimanche 10 juillet 2016

Et si on foutait la paix au foot ?

On aurait besoin d'un historien des mouvements sociaux pour qu'il puisse nous dire à partir de quand les gens tristes et chiants ont pris le pouvoir dans les organisations de gauche. Plus l'équipe de France de foot progresse dans le tournoi de l'Euro, plus les réseaux sociaux sont envahis par les jérémiades de militants aigris de ce succès. « Ouiiiin, couinent-ils, peuple de moutons, au lieu d'aller aux matchs soutenir des millionnaires, i'feraient mieux d'aller en manif ! ».

Les curés rouges prétendent qu'il y a plus de monde mobilisé pour suivre les bleus que pour lutter contre la loi travail, ceci sans avancer de source ou de chiffre. Et d'opposer ainsi chevaliers blancs allant en manif (eux évidement) aux sombres incultes qui ont le tord d'oublier la grisaille ordinaire dans les extraordinaires tirs de Griezmann (les vilains beaufs bien sûr).

Des militants de gauche se retrouvent à ricaner de concert avec les grands bourgeois, invoquant d'un air entendu la maxime romaine « du pain et des jeux ». Ils oublient que le système leur injecte à eux aussi leur dose de « pain et de jeux ». Game of Thrones ou le festival d'Avignon sont un peu plus raffinés mais pendant qu'on se demande qui va se faire bouffer par les dragons, on est pas présent à Nuit Debout...

Pourtant quel mal y a-t-il à se retrouver entre potes, faire la fête et avoir un motif, aussi futile soit-il, de bonheur et d'euphorie ? Ce sera interdit sous la Sixième République éco-socialiste ? Qu'est-ce qu'on va se faire chier quand on sera émancipé par les curés rouges anticapitalistes !

D'où cette question non résolue : de quand date le putsch des pisses-froid dans les organisations de gauche ? Ça n'a pas toujours été le cas. Les grévistes de juin 36 faisaient bien des bals dans les usines, en suivant le Tour de France. En mai 68, ça ramonait furieusement derrière les amphi entre deux manif. Et pourquoi décréter deux camps entre les manifestants contre la loi travail et les supporter des bleus ? Ne peut-on pas faire les deux ? Pourquoi ce manque d'imagination d'un esprit binaire affligeant ?

On peut défendre le code du travail et aimer le foot.

On peut être pour l'écologie et aimer les barbecues.

On peut être féministe et raconter des blagues de cul (vous connaissez la différence entre un Ricard et un 69 ? *)

On peut lutter contre l'homophobie et penser que le gouvernement et le Medef sont des gros enculés.

Il n'y a aucune raison logique de mettre sur le même plan et opposer un divertissement et une lutte politique. Un militant de gauche pas trop con doit pouvoir comprendre que supporter et non-supporter, beaufs et bobos sont une seule et même classe populaire et c'est jouer contre son camp que de tenter d'opposer les uns aux autres.

Et puis on se marre bien dans les tribunes de foot...




* avec un Ricard on sent l'anis

jeudi 7 avril 2016

Interview de Philippe Poutou

Philippe Poutou tenait une réunion publique à deux cent mètres de chez moi en février dernier. Il était donc dit que nous nous rencontrions... En vérité, j'ai d'abord cru que c'était Bill Murray mais le gars était trop souriant pour être l'acteur de Lost in Translation. Une fois ce malentendu dissipé, on a causé de sujets qui intéressent ce blog : les rapports entre militants, les façons de militer, le fonctionnement d'une orga, les formes de communications...

Ton départ du comité exécutif du NPA, en novembre 2014 n'est pas passé inaperçu. Ta lettre de démission s'est retrouvée dans Mediapart, était-elle destinée à être publique ?

Non. Elle a ''fuité''. Je l'ai envoyée à la liste du Conseil Politique National du NPA qui comporte une centaine de mail, elle a ensuite circulé parmi les militants. Quelqu'un a fini, peut-être sans mauvaise intention, par la passer à un journaliste. C'est comme ça, c'est pas non plus bien grave, on aime bien quand les journalistes s’occupent des conneries de l'UMP ou du PS, donc faut accepter que nos problèmes soient débattues publiquement. En soi c'est pas un vrai problème.

Dans cette lettre, tu disait que tu avais l'impression d'être un fantôme au sein du CE, que tu ne te sentais pas utile et tu reprochais aussi un manque de respect de certains camarades. Comment ça se traduisait par exemple ?

Le problème [de cette mauvaise ambiance] c'est le contexte politique et social qui est dur pour les organisations et les syndicats. On voit qu'on a pas trop la main, qu'on ne peut pas agir comme on veut, qu'on est marginalisé. Tout ça crée un contexte très particulier dans les organisations et ça a des conséquences, celles de détériorer les relations en interne. Il y a une sorte de résignation ou de désespérance qui se met en place et les combats que l'on ne peut mener à l'extérieur, on les mène à l'intérieur de l'orga. Du coup les relations entre militants se détériorent et moi, étant bordelais dans un milieu très parisien, je deviens l’élément extérieur à qui il est facile de répondre « t'as qu'à venir » alors que tous les autres sont sur place. Ces exemples datent d'il y a deux ans mais ça n'a pas beaucoup changé aujourd'hui.

A part être parisien, c'est quoi le profil d'un membre du CE du NPA ?

Je crois que c'est ''enseignement publique'' et puis vieillissant aussi. C'est un problème qu'on a depuis longtemps. On a beaucoup de jeunes dans l'organisation mais les cadres restent des anciens.

Ça fonctionnait mieux du temps de la LCR ?

Moi je ne peux pas comparer parce que je suis arrivé à la direction suite aux élections [présidentielles de 2012] mais je sais qu'il y avait déjà des situations difficiles en interne. Alors on peut penser que ça se dégrade à cause de la situation sociale et aussi parce qu'on est moins nombreux. Du coup les mauvaises relations entre certaines personnes apparaissent plus vite et de façon plus flagrante et pèsent plus sur l'organisation. C'est ce qui arrive quand un groupe rétrécit.

Tu racontes que le NPA subit aussi des ambitions personnelles. C'est quoi les ambitions personnelles quand on est au NPA ? Pas être élu sénateur ou député ?

L'ambition personnelle c'est pas forcément avoir des postes. Comme dans un syndicat ou une entreprise, on a des gens qui aiment bien jouer les petits chefs, même à un tout petit niveau, qui aiment décider à la place des autres et faire preuve d'autoritarisme. On pourrait espérer construire un parti à l'abri de ça, mais non, c'est comme partout. Alors demandons-nous comment on peut isoler ces défauts.

Justement, tu as des solutions pour corriger tout ça ?

Non, je n'en ai pas. Après on se dit que si jamais demain on arrive à revivre des mouvements sociaux, qu'on a ça comme aliments au quotidien, ça paraît logique que la vie interne progresse parce qu'on se libérera des conflits internes. De la même manière que dans une entreprise, on peut voir des conflits entre collègues, des jalousies entre les carrières des uns et des autres, les relations tendues avec les chefs, si un conflit social survient, ces conflits sont relégués au second plan. Des groupes et des liens collectifs de solidarité vont naître. Nous [le NPA] on est un peu dans cette situation là, ça dépend de l'extérieur. En attendant comment on fait ? En tout cas discuter de ça c'est compliqué.

Tu racontes que comme les autres porte-paroles, tu décides seul des déplacements que tu vas faire. C'est le cas ce soir ?

Oui, c'est les camarades qui me sollicitent pour venir dans leurs villes, je fais en fonction de mon emploi du temps. Ce n'est pas dramatique en soi parce que c'est mon boulot aussi. Mais c'est dommage qu'on ne puisse pas en discuter collectivement.

Ça veut peut-être dire que le CE te fait confiance ?

Non, c'est pas une marque de confiance, c'est une habitude qui a été prise. Chacun bosse dans son coin. C'est vrai que ce serait plus confortable si ça fonctionnait différemment. Il vaut mieux se le dire, on ne devrait pas fonctionner comme ça.

A quoi la direction du NPA devrait-elle servir, mise à part ça ?

Le rôle d'une direction n'est pas seulement de dire ce qu'il faut faire. Elle doit être à l'écoute de la base militante. Donc quand on décide d'une campagne nationale, comment peut-on donner aux équipes locales les moyens d'agir ? Ça veut dire avoir un regard sur les autres et pas juste sur ce qui se passe à Paris. Ça pose la question de comment on homogénéise un parti afin de gagner du temps, d'économiser de l'énergie militante. Entre le Gers où l'on a cinq militants et Paris où il y en a plusieurs centaines, ce ne sont pas les mêmes conditions de travail – on peut employer ce terme là – on doit donc savoir comment répondre aux besoins particuliers des uns et des autres. Pour l'instant on est loin de pouvoir maîtriser cette situation-là.

Il n'y pas de commission sur les questions de fonctionnement au NPA ?

Non, il y a des commissions thématiques (anti-racisme, féministe, écologie...). On a essayé de mettre en place des groupes pour l'amélioration du fonctionnement de l'orga mais on a jamais réussi à instaurer des choses qui soient collectives (au niveau de la direction).

Quand tu as été candidat, tu avait bien une équipe derrière toi ?

Oui, mais c'était fragile.

Un militant du NPA local disait dans la presse que « les partis désormais c'était cramé », tu es d'accord avec lui ?

Globalement oui, on peut le dire, il y a un discrédit énorme. Mais je ne crois pas qu'on souffre de ça, nous. De toute façon, la politique en elle-même a toujours été étrangère à la plupart des gens. Beaucoup votent et point barre. C'est vrai qu'on dit qu'il y a une crise de l'engagement politique. Beaucoup de militants, à la gauche de la gauche, se découragent, se mettent en retrait mais si on compare à une échelle de temps plus large, moi j'ai jamais connu des moments où il y avait plein de militants, ni dans les partis, ni dans les syndicats. C'est peut-être plus flagrant aujourd'hui parce que le patronat est à l'offensive et on voit qu'on n'est pas assez nombreux pour riposter. L'associatif est cramé, les syndicats sont cramés... comme les partis. C'est l'idée de résistance collective qu'il n'y a pas ou plus dans la tête des gens.

Qu'est-ce que tu penses alors des nouvelles formes de militantisme hors-partis du type « collectifs citoyens » ou les « indignés » ?

On peut parler aussi des zadistes. Ce sont des embryons de nouvelles formes de luttes et c'est pas mal, mais on voit bien qu'eux aussi manquent de force. Ces mouvements se développent mais en méfiance des milieux qui militaient déjà et c'est un handicap pour tout le monde. Ça fonctionne bien à Notre Dame des Landes, on a là un bon exemple où agriculteurs et zadistes, sans toujours faire les mêmes choses, discutent et agissent ensemble. A Sivens ça n'a pas pu prendre. Entre les zadistes, les associations du Testet, le collectif des Bouilles, ce n'était pas tout les jours la bonne ambiance. Après, nous, on est pour que les gens s'organisent eux-mêmes quelques soient les formes que ça prendra.

Pour faire écho aux précédents articles du blog, qu'est-ce que tu penses de Chouard et du tirage au sort en politique ?

Je ne connais pas Chouard, mais le tirage au sort, à mon avis, c'est bidon. Ça fait un peu tâtonnement : « on sait pas quoi faire, donc si on disait ça ». Ce qui nous manque c'est que des tas de gens s'investissent. A partir de là on pourra envisager de comment se structurer, et certains éléments deviendront peut-être pertinents à ce moment-là. On est tous en attente de quelque chose qui nous botte. C'est comme les formes de lutte. Les manif, on sait tous que c'est hyper-chiant. Toutes les villes ont leurs habitudes, on refait le même trajet de telle place à telle rue depuis des années. Mais on se dit qu'il vaut mieux ça que rien. C'est quand ça explosera qu'on trouvera de nouvelles formes de luttes. Mai 68 ça ne s'est pas préparé avant. En attendant, le fait qu'il n'y ait plus qu'un seul type de discours sur l'immigration, le chômage, l'économie, tout cela entretient une grosse confusion sur les lignes politiques. Ça profite d'abord au gouvernement, dont tous les membres sont aussi nuls les uns que les autres mais qui arrivent quand même à faire passer leurs réformes à coup de 49.3. Ça profite ensuite à pas mal de mouvances qui entretiennent cette confusion et sont des passerelles vers l'extrême-droite.


Question à la manière des Inconnus qui demandaient la différence entre un bon chasseur et un mauvais chasseur, c'est quoi la différence entre bon militant et un mauvais militant ?

J'ai pas envie de classer les choses comme ça. Je pense que dans les milieux militants, parce qu'on arrive pas à mener les combats comme on voudrait et que nous sommes des militants, des combattants donc, on va se battre contre n'importe qui. En interne ça donne des situations problématiques. C'est la même chose dans les boîtes avec les batailles inter-syndicales. Il y a trop de divisions, d'esprit boutiquier. On est formé par ça et on croit parfois que militer c'est combattre FO, la CFDT et mettre ça en avant. Le rapport de force étant défavorable, on mène les combats qu'on peut mener, et les combats qu'on peut mener facilement c'est contre celui d'à côté. En interne au NPA, on dépense une telle énergie à combattre la tendance d'à côté qu'on finit par croire que la priorité ça devient ça. On finit par croire que militer c'est ça, avec un rapport parfois très viriliste, très musclé. C'est le cas au NPA, c'est le cas aussi dans tous les courants du Front de Gauche et dans tous les syndicats.

Comment peut-on sortir de ces combats stériles ?

On devrait avoir le droit de douter. Pour l'instant le doute est vu comme une faiblesse par ceux qui n'ont que des certitudes. Il faudrait vraiment arriver à ce que nos points de désaccords deviennent des points de débats et pas systématiquement des points de conflits. En plus ça ne donne pas envie de nous rejoindre. Les gens ont suffisamment de conflits dans leur vie pour s'en rajouter d'autres au sein d'une orga.

Dernière question : les clips de campagne pour les présidentielles de 2012 étaient vraiment géniaux. Comment l'idée vous est venue ?

C'est le réalisateur des films, Hugo, qui est toujours militant au NPA, qui a écrit les scénarios avec ce côté culotté et osé. Au début ça passait pas bien auprès de certains camarades, mais on a pu le faire parce que justement je débarquais de nul part. Quand Hugo m'a vu et a discuté avec moi ça a dû le conforter dans l'idée de faire les choses de cette manière. Quand je passe pour la première fois chez Ruquier, je ne maîtrise rien mais on a retourné cette situation en notre faveur. Il fallait surtout pas tenter d'imiter Olivier Besancenot. Si on repart en 2017 (on décidera en mars), on ne refera pas exactement la même chose.

C'est pas ingrat d'être reconnu dans la rue ?

Non, c'est pas chiant, c'est même rassurant. Même à ma petite échelle, avec mon petit score d'il y a cinq ans, les gens viennent me voir et discuter, c’est fraternel et chaleureux parce qu’ils se reconnaissent dans quelqu’un comme eux qui s’exprime comme eux. François Ruffin expliquait dans un débat que les gens ont besoin d'incarnation. Olivier surtout mais moi aussi incarnons un certain combat, la parole des gens d’en-bas. On reste dans la délégation mais dans ce contexte c'est pas mal d'avoir des repères, ça fait espérer.

samedi 5 mars 2016

Petite recette pour de bons blocages

Vu qu'il y a, à nouveau, du conflit social à grande échelle dans l'air, (putain qu'est-ce que ça va faire du bien !) nous exhumons un article proto-anarcho-droitier, écrit en 2010 pour d'autres blogs. Ce sont là quelques modestes munitions que l'on offre à ceux qui vont se lancer dans la bagarre : pas de quartier !!!

En ces périodes de conflits sociaux, l'utilisation de méthodes de blocages mérite que l'on réfléchisse un peu à ses modalités d'application.

Étudiants, salariés, chômeurs, activistes ou gauchistes, nous avons un paradoxe à surmonter : c'est nous les gentils et pourtant nous mettons en place des actions qui gênent la population, pouvant susciter l'incompréhension voir pire : nous faire passer pour des méchants.

Revenons sur le rôle d'un blocage. Bloquer une route, une voie ferrée, la sortie d'une raffinerie permet de se faire remarquer et de ralentir ou stopper l'économie. Il s'agit de porter des coups à l'État et au patronat. Bloquer un lycée ou une fac permet de se faire remarquer et de libérer du temps pour pouvoir s'impliquer dans le mouvement de contestation sans qu'aucun élève ou étudiant ne soit pénalisé. Les cours étant suspendus, chacun peut alors choisir librement, sans pression, de rejoindre la mobilisation ou d'attendre son dénouement. Bloquer un lieu de travail réunit les deux motifs évoqués à l'instant.

La sympathie à l'égard d'un mouvement est un capital qui s'entretient. Plus celui-ci sera élevé, plus les militants seront motivés pour poursuivre l'action, plus l'adversaire sera obligé de se justifier.

Or toute personne normalement constituée qui se voit empêcher de circuler ou de mener à bien ses activités se sent agressée, un peu, moyennement, beaucoup, c'est selon, mais c'est humain. Voici donc quelques règles pour que les blocages se déroulent le mieux possible et atteignent leurs objectifs :

  • sourire et avoir une attitude polie et agréable ( puisqu'on vous dis que c'est nous les gentils !);
  • donner quelque chose : un tract, un café, des friandises. Le don facilite une attitude d'écoute chez celui qui reçoit;
  • expliquer pourquoi on bloque, cela semble évident, mais ça ne l'est pas. Tout notre microcosme militant le sait, mais pas toujours toute la population;
  • expliquer à quoi sert le blocage, dire clairement que ce ne sont pas les usagers qui sont visés par cette action;
  • être conscient et faire prendre conscience à tous les bloqueurs que l'usager n'est pas l'ennemi, même celui qui va râler;
  • l'usager râleur risque parfois de servir de défouloir aux bloqueurs. Il devient l'incarnation physique de l'adversaire invisible que l'on combat depuis des semaines. C'est pourtant contre-productif de s'en prendre à lui. Nous allons utiliser une règle de marketing pour nous expliquer : une personne satisfaite d'une prestation en parle à trois autres personnes, une personne insatisfaite en parle à douze. De plus, les témoins de la scène, restés neutres, peuvent être choqués par la prise à partie d'un autre usager;
Il est alors important d'utiliser des techniques de désamorçage des conflits (il y a plein de bouquins là-dessus) :

  • sourire et avoir une attitude polie et agréable (on l'a déjà dis ? Ah bon, ben on le redit)
  • donner d'abord raison en partie au râleur (ou à la râleuse) : '' je suis d'accord avec vous, cela gène, mais nous sommes obligés de le faire …'' ou '' je comprend ce que vous dites, mais …''. Si vous semblez d'accord avec votre interlocuteur, avec un ton de voix modéré, celui-ci a moins de raisons de surenchérir ou de hausser la voix;
  • minimiser la gène : '' cela ne va pas durer longtemps, ne vous inquiétez pas...''
  • ne laisser jamais un camarade isolé pris à partie. Le rejoindre pour l'entourer. L'effet du nombre calme souvent les esprits bien échauffés;
  • utiliser l'humour;
  • on peut même utiliser la fibre patriotique :'' Comment ça vous êtes prise en otage madame ? Un peu de décence voyons! Pensez à nos compatriotes qui sont [étaient], eux, vraiment pris en otage en Afghanistan. Ils aimeraient être à votre place. Vous me choquez, je ne vous parle plus...''

On oublie certainement beaucoup d'autres ''trucs''. Un blocage permet enfin de faire prendre conscience aux usagers des problèmes politiques et sociaux qui se posent. Il les obligent à se positionner.

Bon bien sûr, si on tombe sur des vraiment gros cons [pro-réformes, pro-Medef], on peut et même on doit devenir méchants, parce qu'on a jamais dis non plus qu'on était des anges...

"La barricade ferme la rue mais ouvre la voie" Pau 2006

samedi 30 janvier 2016

Les processus de radicalisation 2/2 - Les remèdes

Il y a des bonnes idées partout.
Résumé de l'épisode précédent : des sympathisants de gauche, frustrés à juste titre par la morosité contemporaine de leur camp politique, se perdent dans un gloubi-boulga anti-tout. Ils et elles dérivent jusqu'à s'échouer à proximité de chapelles qui militent pour des valeurs à l'exact opposé de ce qu'ils défendaient à leurs débuts.




Les remèdes

La recette miracle n'a pas encore l'air d'exister, cependant quelques actions peuvent soulager les maux de ces pauvres victimes.

Faire œuvre de patience et de délicatesse. Ne pas défoncer le sujet à la radicalisation au premier signe de confusionnisme. Rappelons que c'est une personne désorientée. Si ses camarades, pour lesquels il n'aura pas d'antipathie dans un premier temps, lui tombent dessus en l'insultant dès le premier partage d'une vidéo de Chouard ou Collon, sa confusion va s'amplifier. Son processus de radicalisation risque de s’accélérer. Proposez-lui une réorientation en douceur : « les questions de démocratie posées par Chouard sont fort pertinentes mais personnellement je trouve sa démarche peu scientifique et brouillonne. De plus, ses prises de position en faveur de personnalités anti-démocrates nuisent à ces travaux. Si ce sujet t’intéresse, je t'invite plutôt à jeter un œil sur le mouvement pour la Sixième République... »

S'accrocher fermement à quelques principes simples. « Ce sont les événements qui créent les hommes et non l'inverse », principe marxiste illustré par le couplet de l'Internationale « Ni dieu ni césar ni tribun ». Les supers héros n'existent pas. Tous les tribuns, tous les théoriciens peuvent et doivent être remis en question, leurs propos doivent être critiqués, discutés. Personne ne détient une vérité absolue.
De même « les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis ». Le monde n'est pas bipolaire. Que les régimes d'Assad, de Poutine, d'Iran s'opposent aux États-Unis n'en font pas des paradis démocratiques et sociaux.

S'interroger non pas sur les ennemis communs mais sur le projet que l'on porte. Sortir de l'Union Européenne ou de l'Euro avec les souverainistes de droite et le FN ? Pour quoi faire ? Quel projet de société en commun pourrions-nous créer avec ces taches ?

Le monde n'est pas bipolaire, les médias non plus. Ce n'est pas parce qu'une information n’apparaît pas dans les médias officiels que l'information en question est fiable, et réciproquement, une information de TF1 ou France 2 n'est pas forcément fausse parce qu'elle apparaît sur ces canaux. Rejetez les sites qui n'ont pas eu la rigueur de vérifier leurs sources et ne vous privez pas de ressources sérieuses au prétexte qu' « elles passent à la télé ». Les enquêtes d’Élise Lucet sur France Télévision font l'unanimité pour ce qui est de la rigueur journalistique. Les émissions DataGueule ou Le dessous des cartes sur Arte sont des mines de données.

Dévoiler les contrefaçons. Si une idée formulée par l'extrême-droite semble séduisante pour quelqu'un se disant de gauche, c'est que l'extrême-droite l'a piquée à la gauche. La confusion des idées entre gauche et droite joue en faveur de l'extrême-droite. Celle-ci a mis en place de vraies stratégies de conquête idéologique. Elle tente de monopoliser toutes les contestations contre l'ordre établi. Elle désorganise les mouvements de gauche en pillant leurs analyses et en semant le doute.

Ne pas laisser un camarade seul et inactif. C'est le raisonnement en vase clos qui fait pourrir les idées. Un sympathisant en a marre des débats ou des campagnes électorales ? Il juge que cela ne débouche sur rien de concret ? Invitez-le à rejoindre un syndicat ou une association. S'investir dans des projets concrets et rencontrer d'autres militants permet d’occuper l'esprit et de mettre à l'épreuve sa vision du monde. De plus, on a moins de risque dans la vraie vie de rencontrer des trolls de l'UPR ou des ''gentils virus''.

Utiliser des filtres. Faites confiance aux prescripteurs des partis politiques de gauche. Fiez-vous aux liens proposés par les sites des partis, écoutez les intervenants invités dans leurs meeting et leurs universités d'été. Il y a là déjà une masse importante d'informations et de formations. Ces données ne sont pas monolithiques, elles peuvent s'opposer entre elles mais elles sont jugées pertinentes. Elles ont été validées par des collectifs de militants. Elles valent bien mieux que celles proposées par un individu rencontré au hasard du web, aussi charismatique soit-il.


Conclusion : Dans notre camps politique, les sujets sensibles à la radicalisation sont d'abord des gens découragés et désorientés. Leur djihad part de la gauche antilibérale pour aller se flinguer politiquement dans diverses sectes d'extrême-droites ou au Front National. Pour les récupérer, il convient d'agir avec énormément de précautions, car le sujet est très susceptible et toute contrariété supplémentaire ne fera qu’accélérer son processus de radicalisation. Les moyens de sauvetage existent, l'essentiel est d'avoir un projet politique réalisable qui implique un grand nombre de militants.


En bonus, voici notre propre prescription :

On vous a déjà recommandé ça par le passé :



Vous pouvez prendre connaissance des liens suivants sans crainte :




Si vous avez un doute sur une info :




Et enfin ces vidéos sont à regarder et à partager le plus possible : Hygiène Mentale


vendredi 29 janvier 2016

Les processus de radicalisation 1/2

Bien entendu on ne parlera pas ici des petits cons de djihadistes. La radicalisation touche aussi malheureusement les rangs de la gauche. Non pas pour aller faire de la chair à canons dans le merdier de la Syrie mais pour aller se fourvoyer dans les cloaques de la fachosphère.

On va pas se mentir, la dépolitisation et le confusionnisme atteint aussi nos syndicats, nos associations, le Front de Gauche, le NPA...

On perd du monde. Peut-être pas les cadres de nos mouvements, mais des sympathisants, des proches qui nous ont suivis un moment, dans une campagne électorale ou un mouvement social. On les perd de vue quelques temps, puis on les retrouve plus tard sur les réseaux sociaux, partageant un lien vers des merdes comme wikistrike ou stopmensonges. A ce moment-là, c'est hélas trop souvent le début de la fin. Étienne Chouard ne va pas tarder à faire son apparition, les passerelles sont posées, Poutine devient un anti-impérialiste et le FN est de gauche...

Comment lutter contre ce phénomène d'érosion pathétique?

Nous allons jouer au docteur. Cernons les profils des individus susceptibles d'être atteints. Détaillons les symptômes. Proposons des remèdes.

Les Profils

D'après les observations que nous avons pu faire sur les réseaux sociaux, les individus sujets au radicalisme sont des personnes isolées politiquement. Soit il n'y a pas d'organisation dans leur proximité géographique, soit elles se sont mises en retrait des groupes militants existant localement. Ce sont ces milliers d'anonymes qui ont quitté les partis politiques sur la pointe des pieds, découragés par le manque de résultat concret, lassés de leurs idoles médiatiques, ou influencés par les discours dominants dénigrant la contestation sociale. Lassés parfois aussi, reconnaissons-le, par le verrouillage des groupes locaux par des militants ''historiques'', curés rouges ou apparatchiks.

Les symptômes

La naïveté. L'individu-sujet cherche à rester en contact avec les débats politiques malgré son isolement. Il cherche à s'informer et à participer aux combats d'idées. Ceci est une démarche tout à fait honorable. Mais l'individu-sujet est fragilisé par une grille de lecture politique faible et par une naïveté certaine. On peut le détecter en l'entendant énoncer les clichés suivants : « il y a de bonnes idées partout » ou « tout le monde doit avoir le droit de s'exprimer ». Il publiera cette citation erronée de Voltaire : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ». Ce dernier symptôme est un indice que notre individu ne vérifie pas ses sources d'information.

La haine. Le sujet à la radicalisation va se caractériser également par une haine monomaniaque. L'objet de son dégoût peut être les États-Unis (le grand Satan impérialiste), Israël (l'autre grand Satan) ou le Parti Socialiste (notre Satan national)... Il va alors gober sans aucun recul tout ce qui alimentera sa haine. Qu'une publication aille dans le sens de sa vindicte et il fera abstraction des éléments voisins. Dans le cas d'un anti-PS, les sites comme La Gauche m'a tuer, la Manif Pour Tous, le Cercle des Volontaires, fdesouche seront pour lui des sources pertinentes, peu importe qu'elles soient l’œuvre de groupes d'extrême-droite (voir paragraphe précédent « il y a de bonnes idées partout »)

La médiocrité. Le sujet à la radicalisation n'utilise pas systématiquement des arguments politiques. Il s'attaque au physique de ses adversaires. Il dira « Flamby » pour parler d'Hollande. Il déformera volontairement les noms.

Le mépris. La population ayant d'autres préoccupations quotidiennes que le groupe Bilderberg ou les Chem-Trails, le sujet à la radicalisation va se mettre à développer une profonde rancœur contre ce peuple qui « refuse de voir les choses en face ». Lui il sait, il devient donc à ses propres yeux supérieur à ces « moutons ».

La paranoïa. Enfin, dans sa lutte contre les puissants, contre l'oligarchie, le sujet à la radicalisation va développer une confusion sous le terme « des élites ». Il va mélanger les barons politiques, les cumulards, avec n'importe quel camarade cherchant à prendre des responsabilités. Tout militant postulant à une responsabilité en interne ou aux élections devient suspect de carriérisme et est rangé dans la case des ennemis du peuple.

demain les remèdes...